Démystifier les catégories d’artistes

14 janvier 2026

Démystifier les catégories d’artistes

comprendre où l’on se situe pour savoir où l’on veut aller

Artiste professionnel·le, artiste de la relève, émergent·e, amateur·e…
Ces catégories structurent le milieu culturel et apparaissent dans les programmes de financement, les appels de projets, les contrats et les politiques publiques. Pourtant, elles demeurent parfois difficiles à saisir et peuvent créer un sentiment d’incertitude ou d’invalidation.

Il est toutefois essentiel de rappeler qu’aucune institution n’a le pouvoir de remettre en question votre besoin de créer ni votre légitimité à vous définir comme artiste. Cela dit, certains cadres existent et s’accompagnent d’exigences spécifiques lorsqu’il s’agit d’accéder à du financement ou à des contextes de diffusion reconnus.

Le statut d’artiste professionnel·le : un parcours, pas un titre

Le statut d’artiste professionnel·le ne s’obtient pas par une demande formelle. Il se construit progressivement, à travers des expériences concrètes en création, production et diffusion, par l’obtention de bourses ou de subventions reconnues, ou par l’adhésion à une association professionnelle.

Deux grands contextes de pratique

De manière non officielle, on distingue souvent deux grands contextes de pratique :

  • Les artistes « à la vente », qui tirent leurs revenus de la vente d’œuvres, de cachets ou de contrats ;
  • Les artistes « à la bourse ou à la subvention », qui soutiennent leur pratique grâce à des aides publiques répondant à des critères précis et souvent par projet.

Ces contextes peuvent coexister au sein d’un même parcours.

Un·e artiste peut être reconnu·e comme professionnel·le dans un contexte, et être perçu·e comme amateur·e ou en voie de professionnalisation dans un autre. Il est aussi fréquent de faire des allers-retours ou de se situer entre plusieurs catégories à différents moments dans sa carrière.

Des exigences variables selon le contexte

Cela dit, l’accès aux bourses et aux programmes de soutien exige généralement une démarche artistique claire et réfléchie, un processus créatif défini, la reconnaissance des pairs (souvent par l’évaluation d’un jury) et une diffusion dans des lieux reconnus, généralement soutenus au fonctionnement.

Dans les contextes de vente ou de contrats, l’évaluation repose davantage sur les compétences, l’expertise, la qualité artistique et des conditions claires (cachets, contrats, ventes).

Des effets concrets sur la carrière

Les catégories d’artistes ont des effets bien concrets sur une carrière artistique, notamment en ce qui concerne :

  • l’admissibilité à certains programmes ou résidences ;
  • les conditions de rémunération ;
  • l’accès à des lieux de diffusion ;
  • la reconnaissance institutionnelle et professionnelle.

Or, les parcours artistiques sont rarement linéaires. C’est pourquoi il est important de prendre le temps de se définir comme artiste, de clarifier ce que l’on souhaite réaliser à court, moyen et long terme, et de se fixer des objectifs cohérents afin de mieux se situer dans l’écosystème artistique.

Des repères, pas des jugements

Il demeure toutefois essentiel de rappeler que ces catégories ne définissent pas la valeur d’une pratique artistique. Elles servent avant tout d’outils administratifs et de repères contextuels, utilisés par les organismes, les institutions et les bailleurs de fonds pour structurer leurs interventions.

De manière générale, elles reposent sur des critères tels que :

  • la régularité et la qualité de la pratique ;
  • le niveau de diffusion et de reconnaissance ;
  • l’expérience professionnelle ;
  • les sources de revenus liées à l’art.

Mieux comprendre ces repères permet :

  • de se positionner plus clairement dans ses démarches ;
  • d’adapter son discours selon les contextes ;
  • de faire des choix plus stratégiques et éclairés ;
  • de gagner en autonomie et en confiance professionnelle.
Conclusion

Se situer dans les différentes catégories d’artistes ne devrait jamais être vécu comme un exercice de justification ou de comparaison, mais plutôt comme un outil de compréhension de son propre parcours.

Les catégories existent principalement pour répondre à des besoins administratifs, institutionnels et contextuels ; elles servent à structurer des programmes, à encadrer des relations professionnelles et à soutenir le développement du milieu culturel. Elles ne résument ni la valeur, ni la singularité, ni la portée d’une démarche artistique.

Chaque parcours est unique, façonné par des choix, des occasions, des contraintes et des aspirations qui évoluent dans le temps. Il est donc normal qu’un·e artiste navigue entre plusieurs catégories au fil de sa carrière, ou qu’iel ne corresponde pas parfaitement à une définition donnée à un moment précis. Cette réalité n’est pas un échec, mais le reflet d’un milieu vivant, en constante transformation.

Prendre le temps de réfléchir à sa pratique, à ses objectifs et aux contextes dans lesquels on souhaite évoluer permet de faire des choix plus conscients et plus alignés avec sa réalité artistique. Cela favorise aussi des démarches mieux préparées, des collaborations plus claires et une relation plus saine avec les cadres institutionnels.

En fin de compte, comprendre les catégories d’artistes, c’est surtout se donner les moyens de naviguer avec plus de lucidité et de confiance dans l’écosystème culturel. C’est reconnaître que la professionnalisation n’est pas une destination unique et figée, mais un chemin pluriel, qui se construit à son rythme, en cohérence avec ses valeurs, sa pratique et sa vision de l’art.

Pour aller plus loin :