Les meilleures collaborations ne commencent pas toujours par un projet

28 juillet 2026

Les meilleures collaborations ne commencent pas toujours par un projet

Il existe plusieurs façons de former des collaborations artistiques. Certaines viennent naturellement ; des ami·e·s musicien·ne·s qui décident de former un groupe et de se produire dans les cafés-bars de la région, alors que d’autres viennent d’opportunités qui croisent notre route ; une participation au chemin d’écriture du Festival de la chanson de Tadoussac, des rencontres de nouvelles personnes, des connexions, des projets.

Il n’y a pas de recette à suivre, mais certaines rencontres sont plus porteuses que d’autres et perdurent.

Une rencontre. Deux trajectoires.

À la fin d’un vernissage, Camille échange quelques minutes avec une commissaire. La conversation est agréable. Elles parlent de leur pratique, de quelques artistes qu’elles apprécient, d’une exposition à venir.

Avant de partir, elles échangent leurs coordonnées : « Il faudrait qu’on trouve une occasion de travailler ensemble. » Quelques courriels sont échangés dans les semaines suivantes. Puis le temps passe, personne ne donne suite et la relation s’arrête là.

Quelques mois plus tard, Camille participe à une activité de réseautage. Elle y rencontre Samuel, un artiste dans la même discipline qu’elle. Cette fois, aucun projet n’est évoqué. Ils discutent plutôt de leur démarche, des défis liés à leur pratique, des publics qu’ils souhaitent rejoindre. Ils échangent leur courriel puis ils repartent chacun de leur côté.

Quelques semaines plus tard, Samuel lui envoie un article qui lui rappelle leur conversation. Camille lui partage ensuite l’appel de projets d’une résidence. Ils se recroisent à une conférence. Puis dans une formation.

Ils prennent l’habitude d’échanger et de garder contact entre les moments de rencontre ou de rendez-vous.

Deux ans plus tard, ils réalisent un premier projet ensemble. Aujourd’hui encore, ils continuent de collaborer régulièrement.

Deux rencontres. Deux personnes. Deux conversations.

Pourquoi l’une est-elle devenue une relation durable alors que l’autre s’est arrêtée après quelques échanges ?

Prenez un instant avant de poursuivre votre lecture.

Quelle est votre hypothèse ?

Ce n’est peut-être pas le projet qui fait la différence

Lorsqu’on pense aux collaborations professionnelles, on imagine souvent qu’elles commencent lorsqu’un besoin apparaît : un diffuseur cherche un artiste, une municipalité lance un appel de projets, un organisme souhaite développer une activité.

Le projet devient alors le point de départ de la collaboration.

Pourtant, lorsqu’on regarde les relations professionnelles qui ont réellement marqué un parcours, on constate souvent une tout autre réalité : les projets viennent après. Ce sont les relations qui viennent d’abord.

Regardons les deux situations autrement

Rencontre A (commissaire) Rencontre B (Samuel)
Une occasion de travailler ensemble. Une occasion d’apprendre à se connaître.
Les échanges portent rapidement sur un projet. Les échanges portent d’abord sur la démarche.
Les contacts cessent lorsque le projet ne se concrétise pas. Les échanges se poursuivent sans projet précis.
La relation dépend d’une occasion. Les occasions naissent de la relation.

Cette différence paraît subtile. Pourtant, elle change complètement la trajectoire.

Les quatre éléments d’une collaboration porteuse

En observant les collaborations qui traversent les années, certains éléments reviennent régulièrement.

  1. Une curiosité sincère

On ne s’intéresse pas uniquement à ce que l’autre fait.

On cherche à comprendre pourquoi il ou elle le fait.

Cette curiosité nourrit les échanges bien au-delà d’un projet ponctuel.

  1. Une confiance qui se construit

La relation continue d’exister même lorsqu’il ne se passe rien.

Pas de contrat.

Pas d’appel de projets.

Pas d’échéance.

Simplement des échanges réguliers.

C’est souvent dans ces périodes que la confiance se construit.

  1. Une vision compatible

Les meilleures collaborations ne reposent pas uniquement sur des compétences complémentaires.

Elles reposent souvent sur une façon semblable de voir les choses.

Des valeurs.

Une manière de travailler.

Une ambition commune.

  1. Une réciprocité

La relation enrichit les deux personnes.

Les idées circulent.

Les occasions aussi.

Personne n’a l’impression de simplement « prendre » quelque chose à l’autre.

Changer de regard

Nous cherchons souvent à développer notre réseau. Mais peut-être faudrait-il plutôt apprendre à développer nos relations.

Parce qu’un réseau se mesure en nombre de contacts. Une relation se mesure dans le temps.

Et ce sont souvent ces relations qui deviennent les véritables moteurs d’une carrière.

Faites le test

Pensez aux trois collaborations qui ont eu le plus d’impact sur votre parcours.

Pour chacune, posez-vous les questions suivantes :

✔ Comment cette relation a-t-elle commencé ?

✔ Qu’est-ce qui m’a donné envie de poursuivre les échanges ?

✔ Qu’ai-je appris grâce à cette personne ?

✔ Est-ce que nous sommes encore en contact aujourd’hui ?

Puis ajoutez cette dernière question : si cette rencontre avait lieu aujourd’hui, reconnaîtrais-je son potentiel ?

Pour aller plus loin

Les collaborations les plus importantes ne se planifient pas toujours.

Elles se construisent progressivement, au fil des rencontres, des conversations et de la confiance.

C’est aussi l’une des raisons d’être des activités de réseautage, des formations et des événements organisés par Culture Côte-Nord. Bien au-delà de créer des occasions de se rencontrer, ces espaces permettent de développer des relations professionnelles qui, avec le temps, peuvent devenir de véritables leviers de développement pour une pratique artistique.

Parce qu’au fond, les meilleures collaborations ne commencent pas toujours par un projet. Elles commencent souvent par une conversation.